Vibration  
 
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                                             Vibration

Rien n'est plus comme avant. Tout est déjà vu.

     Elle reste allongée, là, sans bouger, le temps de se concilier avec l'instant, de comprendre l'endroit. Un vaste étang à l'heure où le soleil est le plus chaud, la nature se gonfle de silence, les arbres déversent leurs branches dans l'eau avec indolence, l'horizon semble ne contenir que du ciel. Juste le bruit de l'air, le frémissement de l'atmosphère gavée de lumière et de vibrations.

     Une petite brise souffle avec légèreté sur la plaine. elle soupire mollement, les feuilles palpitantes des saûles, l'herbe frissonnante, la vie bourdonnante cachée derrière les jonquilles, tout est assommant. Un insecte gratte avec véhémence le sol, son corps semble trembler de l'intérieur, la vibration emplit tout, couvre tout. Les êtres qui peuplent cet endroit semblent si pressés, si exaltés... Elle se laisse envahir par la sensation de cet animal dont l'attitude est limitée, il se bat avec les éléments, il s'agite avec régularité, ses gestes sont ordonnés, toute son energie est guidée par une farouche volonté. Sa carapace se recouvre de terre, la petite bête s'enfonce et disparait.

     Un promeneur lance des cailloux dans l'eau flegmatique. Bien plat, la surface lisse du galet se frotte à la surface lisse de l'étang, puis s'évanouit, laissant derrière lui renflements et rondeurs.

     Où est l'insecte? elle concentre son attention sur l'herbe. Introuvable. Enseveli. Où? Le retrouver, le suivre, s'inspirer de lui, fuire l'ennui qui consume le temps. Elle gratte avec frénésie, elle enfonce la tête dans le sol friable, puis le corps. Elle avance dans la nuit, elle ne voit rien, elle n'entend que les éboulis de terre devant et derrière elle. Elle descend plus loin, encore, vite, ne pas s'arrêter, s'éloigner, ne plus se troubler, avancer.

     Ici, il n'y a plus rien de connu, à part elle même, seule, l'obscurité totale autour d'elle ne suggère rien d'autre que le vide. La paix. La fin du voyage.

     Le calme semble revenu et elle n'ose plus bouger. Lovée dans la terre accueillante et douce, elle tente d'adapter ses sens comme on accorde un instrument, elle affine chaque sensation avec fluidité, pour ne plus être abasourdie par la vie, pour laisser son esprit vagabonder sans contrainte, sans agression. La banalité n'est plus.

    Le temps s'est transformé, rien ne pésera plus, elle le sait.

Elisabeth Halloo Joye

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