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Tempête 


Mon sweat à capuche est devenu une féroce peau d'ours, je m'installe dans le béton de l'escalier comme on se repose près d'un arbre.


Laissez moi vous parler de mon monde.


La colère le dispute à la désolation, je reste là, à regarder la foule du matin, celle qui court, celle qui s'affaire, celle qui sait quelle direction prendre. Tout le monde veut être occupé, personne ne veut s'ennuyer, personne ne veut penser trop fort. Ici tout est chronométré à la minute, peut être même à la seconde, le temps est organisé, comptabilisé, quantifié.

D'ailleurs tout est quantifié, l'espace qui vous est reservé, le temps dont vous disposez, la quantité de nourriture que vous absorbez, le montant de vos besoins inutiles, la part de vos responsabilités, les chiffres de la vie...

J'enrage, et le vent est avec moi. Il surgit violemment, il emporte papiers et parapluie, il se détourne dans les ruelles, il rumine longtemps pour exploser dans les jambes des passants. Ma colère danse avec lui, les infrastructures de la ville se courbent au souffle des rafales, le vent est un cri qui s'élance dans la grisaille de ce matin terne. Ma colère ne se calme pas plus que la tempête et les nuages roulent sans fin une pluie fine et cinglante, l'eau ruisselle sur le goudron, elle ne nourrit plus la terre, elle ennuie, elle dérange, on a oublié son rôle premier .

Mais laissez moi vous parler de ce monde.

Le dernier ours a disparu. Comme tant d'autres, il n'a pas pu trouver de place ici, affamé, pourchassé par les derniers tueurs de forêt, il résistait sans voir sa cause perdue. De quoi est-il mort? On ne sait pas, il est mort, c'est tout. Je veux connaître la créature dont je porte la dépouille imaginaire, sentir ses qualités animales, retrouver le goût de la nature, avoir la sensation de faire partie d'un tout, comprendre le chant qui se perd, le râle du monde. Le silence s'est noyé dans le tumulte, dans le ronron continuel d'une cité sans poésie, tout est vide et creux, et pourtant sous la lumière douteuse de la ville, je cherche la musique. Je fouille mes poches.

Une lente mélopée s'ajoute au décor. Le rythme du monde se transforme et les scènes les plus banales se chargent de sens. La beauté surgit des endroits les plus triviaux, les banalités se transforment en de magnifiques perles évanescentes. Le vent roule des vagues mélodiques dans une danse avec la pluie, le son glisse sur la réalité, les mélodies douces se fracassent sur ces murs sans végétation, les notes s'envolent dans cette averse d'ennui. Je me suis dissout dans cette tempête, je me suis perdu dans un sentiment de rancoeur et de chagrin.

Vivre grâce à la poésie, s'enivrer grâce à la danse, ressentir si fort que viennent les larmes, s'émouvoir tellement que le souffle se coupe. Dans ma bulle de musique et de solitude, je retrouve le calme, mais aussi la sensation euphorisante et terrifiante de ne vivre qu'à travers un mensonge poétique.

Laissez moi vous parler de mon monde.

Elisabeth Halloo Joye pour les sculptures "Tempête" et "Alone"



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