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Silence

     Dehors, l’orage a cessé. Elle s’est éloignée le plus vite possible de la maison. Enfin ! La campagne, la terre sent tellement bon après la pluie. Le soleil perce timidement et les couleurs vibrent dans la lumière. Elle pose son vélo et s‘allonge dans l’herbe fraîche. Les nuages se dissipent, des fragments de ciel bleu émergent avec légèreté, chaque mouvement, dans une mystérieuse alchimie, lui compose une œuvre couleur d’azur. Le vent bouscule les nuées et de nouvelles figures se dessinent. Marie aime ces instants magiques où elle pourrait se fondre dans le paysage.

     Pourtant l’inquiétude ne la quitte pas, l’image de sa famille s’insinue obstinément. Elle ne comprend pas son entourage, et son entourage lui rend bien. Elle n’aime pas leur univers moderne et agité. " Je n’ai pas besoin de meubler ma vie en faisant des choses futiles! Je n’ai pas peur du vide, je ne veux pas couvrir le silence… ". Lucide, elle sait qu’on ne la prend pas au sérieux, personne ne l’écoute vraiment. Alors, elle fuit. Elle fuit parce qu’elle sait que son désir de silence ne sera jamais respecté par ceux qu’elle aime.

    Des fourmillements dans le bout des doigts l’obligent à se relever. Elle connaît bien cette sensation, voilà plusieurs mois qu’elle se cristallise au fond d’elle-même. Elle sent monter une vie nouvelle, une vie inconnue, et pourtant intime. Elle ne supporte plus les agressions de ce monde sans état d’âme. Désabusée, elle veut oublier, oublier les autres, leurs mesquineries, leur égoïsme, oublier un monde qui se détruit sans espoir.

    Elle se sent grandir, mûrir, et s’épanouir sous une forme différente. C’est la seule riposte qu’elle a trouvée. Ses pieds semblent disparaître dans la terre humide, elle tend les bras vers le ciel, plus haut, plus haut...

    Dans le pré, un nouvel arbre a trouvé sa place, il tend ses branches vers le ciel et ses racines s’enfoncent profondément dans le sol. Imperturbable, il continuera sa lente ascension vers l’azur, malgré le temps et les passions. Si l’on s’approche, on peut le sentir respirer et une étrange plénitude se dégage de son être. Au-dessus de lui, le ciel changeant offre de nouvelles œuvres d’art à qui sait le regarder. Par terre, dans l’herbe fraîche, un vélo attend d’être découvert.

Elisabeth Halloo-Joye pour la série de photos peintes "Silence"

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