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Eclat

    J'entends une musique. Immobile, les yeux fermés, j'écoute ce que me murmure la pluie. Les nuages gris s'accumulent, le vent fait frémir les feuillages, personne n'oserait rêver d'une accalmie. Je frissonne du plaisir d'être seule et sans contrainte, je peux écouter la mélodie étrange, sublime, indicible, qui monte avec légèreté. Le temps se fond dans une douce poésie.

Une moto passe dans un vacarme effroyable et me sort de ma torpeur. L'harmonie du moment brisée, l'engin laisse dans son sillage ce sentiment de désolation face à l'indifférence. Avec amertume, je me demande souvent pourquoi l'importance d'une personne devrait se mesurer en décibel.

Je fuis les bruits de la ville en m'éloignant vers le parc. A quoi bon se lamenter des ravages de la vie citadine? Je n'ai plus envie de m'exprimer. Inconsolable, depuis la perte de mon ami, je m'appauvris dans une solitude instinctive. Philosopher seule est maintenant un ennui qui me ronge et m'accompagne dans cette promenade sous l'ondée.

Quelques rayons de soleil viennent discrètement de filtrer. Les gouttes d'eau se transforment en grains de lumière, et l'averse ralentit, comme stoppée dans son élan par tant d'éclat.

Un souffle me caresse le visage, je me retourne, surprise. Ce n'est pas le vent ! Ce n'est pas la même chose... Là, près de ma joue, quelqu'un a chuchoté. L'eau d'une flaque vibre et le reflet des arbres ondule avec grâce. Non, ce n'est pas la brise... Le souffle se transforme en une mélopée légère que je connais bien. La musique de la pluie.

L'averse redouble soudain de violence, j'ai l'impression de me dissoudre dans les perles d'eau qui m'éclaboussent. Une mystérieuse euphorie m'emporte dans une danse avec la pluie. En un très court instant, j'ai senti la présence, la chaleur spéciale, que dégage les gens qui vous aiment. L'intimité partagée, l'unité d'esprit, un bonheur que je reconnais et que je n'ai pas vécu depuis longtemps. Enivrée par ce souvenir, je me fonds dans le déluge.

Je reste là, interdite, au milieu du jardin. Je n'ai pas rêvé. Il est là, impalpable, qui hante la pluie. Son esprit est dissout dans une ondée que chacun, dans son ignorance, évite de son mieux. Je sais simplement qu'une prodigieuse tendresse l'anime et que ma solitude n'est plus.

Elisabeth Halloo-Joye

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